Pourquoi ?

Nous sommes arrivés à Soissons en 1991. Les parents d’une copine de Célia nous ont intégrés à leur bande d’amis, essentiellement des infirmières et notre propre groupe s’est étoffé dans le milieu médical, alors que nous n’avions, ni l’un ni l’autre, de rapport avec ce milieu. Je fréquentais ainsi sept infirmières infirmiers qui, dans leur jeunesse, avaient participé aux secours du tunnel de Vierzy. Lors de nos dîners, en fin de soirée, il y en avait toujours un pour raconter la trop célèbre (pour moi) histoire du car, le retour en car de la soirée théâtre à Reims pour fêter leur fin d’année ou leur diplôme, selon le cas, retour en grande joie, cris et chants, pauvre chauffeur, pour un accueil à l’école d’infirmière par le directeur « Allez vous mettre en tenue, le plan ORSEC est déclenché. ». La douche froide.

Le plus intéressant, dans cette anecdote, n’est pas dans ce qu’elle dit, mais dans ce qu’elle ne dit pas. Car, si cette histoire du car revenait souvent, démontrant ainsi son importance et la nécessité impérieuse de l’évoquer, si cette anecdote présente l’écart immense entre la joie extrême et l’horreur absolue, et si, simplement, l’évocation du tunnel de Vierzy est un thème accrocheur, non, l’attrait de ce préambule réside dans la suite, dans tout ce qui n’est pas raconté, tout ce qui n’est pas racontable, le silence qui s’ensuit, la zone interdite, hors de question d’aller plus loin et l’expectative du public, moi en l’occurrence, abasourdie par ce silence.

Depuis longtemps, je rêve d’écrire à ce sujet. Quand la promotion qui se retrouve tous les dix ans, a préparé en 2022, les retrouvailles des cinquante ans, certains ont pensé que ce serait les dernières. Alors j’ai foncé, je me suis dit, c’est maintenant ou jamais.

2 commentaires sur « Pourquoi ? »

Répondre à Anonyme Annuler la réponse.