Ciaccone

Enfin seule. Je quitte Versailles pour rejoindre Paris. J’écoute vaguement la sélection de musiques de ma clé USB quand démarre le violon. j’avais oublié qu’elle était là, cette Chaconne. Je mets la musique à fond.

J’écoute, un grand sourire sur ma face, je devance les notes, je chantonne, sans exagérer, quelques centaines d’écoutes de ce morceau, je le connais par coeur, les notes se bousculent dans ma tête, la musique me remplit, m’emplit de bonheur, chaque passage est une joie, les mélodies, les contrepoints, les arpèges, les accords tenus, tout est fantastique, les notes coulent s’écoulent s’envolent, les sons me caressent, à fleur de peau, je sens l’archet dans ma main, ça me démange.

Dans le même temps, je conduis, je me sens intrépide, invulnérable, mes sens sont aiguisés et infaillibles, je suis d’un calme implacable, je gère les voitures folles tout autour de moi, j’observe cette banlieue que je connais bien, les pavillons charmants ou glauques disparus, les nouveaux arbres et la verdure design, le superbe immeuble récent, le trou gigantesque à la place de je ne sais quoi mais prévoir très petite voiture pour réussir à se garer au 6ème sous-sol, je souris au tendre geste de retenu de l’homme envers sa compagne et son téléphone tentant de traverser.

Je sautille dans les aigus, glisse vers les basses, halète aux arpèges délirants, souffle sur les temps calmes. Il fait beau, les nuages sont superbes, le ciel plombé est lumineux, rien ne peut résister à ce violon, à ces pages sans doutes écrites dans la douleur de la perte, au loin, de la femme aimée.

Je réussis même, en arrivant, à me garer dans une minuscule place en côte.
Et j’attends avant de sortir que la chacone aille au bout de l’histoire qu’elle me raconte, c’est une musique qu’on ne peut pas interrompre, qui me suit et me portera toute la soirée.

Un peu plus tard, Erick regarde la côte, les espaces de chaque coté de la voiture.
– Comment tu as fait ?
– C’est la Chaconne de Bach.
– Ha. Et comment je fais, maintenant, pour la sortir de là ?
– Tu veux que je mette la Chaconne ?
– Non.

img_2398Prendre le temps pour 17 minutes de pure magie

2 commentaires sur « Ciaccone »

  1. Hier retour Paris et ce matin tranquille je me pose et prend le temps….magnifique et de plus la photo de la violoncelliste est sublime … merci

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  2. souvenir, souvenirs…séquence émotion…toi et ton violon rue Voltaire pendant que j’apprends mes textes… tendres bises
    Danièle

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Répondre à Neufville Claire-Marie Annuler la réponse.