J’adore jardiner en mars. J’ai l’impression de maîtriser mon jardin. Maîtriser la nature. Hi hi hi !
Maîtrise. J’attrape mon dictionnaire historique de la langue française, le Robert, celui que j’ai piqué de justesse, aux enchères, à l’ancien professeur d’arts plastiques de Célia qui deviendra par la suite notre ami, le seul dictionnaire papier que je consulte encore.
Maîtrise, en rapport avec le maître, vers le XIIème siècle, commandement d’un vaisseau, vers 1900, domination de soi-même, et à partir de 1930 seulement, possession d’une chose dont on use à son gré.
Si je commande ce vaisseau de 2 500 m2, c’est certainement avec une manette de jeux. De toute évidence, je ne dois pas avoir le bon gouvernail. Alors, oui, je maîtrise en mars, quand mon jardin s’éveille à peine d’un long sommeil, s’étire et baille, encore tout endormi mais la nature reprend ses droits et rapidement, les flots d’herbes de vignes arbustes orties ronces fleurs clandestines déferlent et je me contente de reconstituer les allées disparues sous la jungle.
Mais c’est ça qui est magique, la non-maîtrise.
