Tyrannie du beau

La tyrannie du beau, ça ne date pas d’aujourd’hui. Il n’y a qu’à penser aux statues antiques, aux peintures classiques de nus, corps somptueux, jeunes, bien entretenus à quelques rares exceptions près. J’ai immédiatement pensé à Ron Mueck. C’est une exposition qui m’a beaucoup touchée et surtout, qui a modifié mon regard sur les corps, sur les gens qui nous entourent, dans le métro, sur le marché à la plage. Je les vois différemment. Je me vois différemment.

Ron Mueck est un sculpteur australien hyperréaliste. Ses personnages ne sont pas dans la représentation, ils sont tournés vers eux-mêmes, pas de sourire complaisant à l’intention du public, ils sont enfermés dans une intériorité mélancolique.

Ron met en valeur tout ce qui, en temps normal, est effacé retouché recouvert, tout ce que nous ne souhaitons pas montrer de nous-mêmes, rides veines rougeurs boutons bobos cheveux gras, pieds et doigts déformés, corne, poils, barbe naissante, sueur, bourrelets, yeux rougis de fatigue, muscles affaissés. Les vêtements ne sont pas parfaits, ils sont plutôt mal ajustés, les tissus sont fanés, les chaussures déformées. Les postures sont insignifiantes, courantes, dos voûté, épaules en avant…

Comme nous, quoi.
Dans la vraie vie. La vérité crue.
Ces détails inconvenants racontent une histoire, une histoire de vie, de vie authentique surprenante mystérieuse.

Alors, j’ai le droit de me tenir voûtée, j’ai le droit de m’aimer ainsi, cela fait partie de mon histoire, non ?

img_4708Premier essai de photo moche. Ma main dans le style hyperréaliste.
Mais je l’aime, c’est la mienne.

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