Ça ne vous fait pas rêver, ce mot, caravansérail ? Moi, si.
Quand il est apparu dans la conversation, à propos de l’espace central au milieu du village, cet enclos fermé entouré de maisons, cette prairie fleurie, multitude de boutons d’or et de pappus de pissenlits (par quel étrange phénomène, l’académie française a-t-elle pu, semble-t-il, oublier de donner un nom spécifique et un peu poétique à ces si célèbres graines de pissenlit sur lesquelles nous soufflons tous et dont il existe des centaines de milliers de photographies ? Car si ce mot existe, je ne l’ai pas trouvé), jaune et argent sur fond de verts tendres dans ce carré de cent mètres sur cent, clos de murs anciens, pierre de taille, mousses sédum lichens, entre lesquels paissent deux chevaux, quand ce mot, caravansérail, surgit, alors que je surplombe ce lieu de la terrasse d’une demeure du XVIe siècle sur la fin du jour, un verre à la main, ce mot éclot et c’est tout un monde qui jaillit, une culture autre, villes d’ocres et oasis, turbans bleus, femmes voilées, soleil éclatant, coupoles et mosaïques, tout cela plane sur le ciel bleu presque nuit parsemé de traînées d’avion.




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