
Jeudi Saint, une affichette à l’entrée de l’abbaye, l’annonce des prières ouvertes au public : demain matin, 7h50 – Office des ténèbres. Super. Quelques réticences en ce qui me concerne, le risque du miracle de la conversion catholique sur l’un de nous deux et le sentiment de jouer les voyeurs…
J’ouvre un oeil, Erick se prépare, j’émerge difficilement, car internet annonce 6h50 et non 7h50. Nous aurions mieux fait de jouer les Saint Thomas et de croire le papier que nous aurions pu toucher s’il n’avait été affiché un peu haut et non une information virtuelle, car nous déambulons dans la nuit, grimpons toutes les marches jusque la porte de l’abbaye qui refuse de s’ouvrir.
Nous redescendons grignoter quelques minutes supplémentaires de sommeil, sans regret, promenade vivifiante dans cette nuit sans lune, il bruine mais c’est un instant magnifique, l’île nous appartient, nous sommes les dieux de ce lieu mythique et mystique.
Quand nous revenons, le jour se lève, je suis un peu déçue, les ténèbres se sont dissoutes, mais cette fois-ci, une clé tourne et la porte imposante nous ouvre le passage vers des escaliers et couloirs déserts que nous empruntons dans un silence religieux.
Une dizaine de moines et moniales dans le choeur de l’église, les femmes à droite, les hommes de l’autre côté, agenouillés en aubes blanches. Psaumes chantés a capella, alternance de solistes et de choeurs, très bien sonorisée, la musique est envoûtante, elle envahit, croît, s’amplifie dans la pénombre de l’édifice sacré, agrémentée des cris des goélands.
Nous sortons abasourdis et le sourire aux lèvres.
Et il n’y a pas eu de miracle, ouf…
