J’ai toujours voulu être chef. J’aime bien diriger. J’avais à peine 7 ou 8 ans que je donnais déjà l’ordre à Loys, mon petit frère, de se mettre en rang devant moi. c’est comme ça que ça commence, le plaisir, le besoin d’avoir du pouvoir sur les autres.
Donc j’ai fait une jolie petite carrière de chef. Là où c’est intéressant, c’est mon dernier poste, une promotion, je suis devenue Chef de rien du tout (et je ne parle même pas de Cheffe de rien du tout, féminisation lue dans Télérama cette semaine à propos d’une cheffe d’orchestre et quel est l’intérêt de féminiser un titre si ça ne s’entend même pas ?).
J’ai mis un peu de temps à comprendre. Le titre était ronflant. A tel point que je le trouvais immérité et que je me mettais irrémédiablement à bafouiller après avoir prononcé Directeur tout en me demandant pourquoi je ne disais pas Directrice, je perdais le fil et m’avérais incapable de prononcer correctement la suite, je finissais par un grand sourire à l’interlocuteur qui, n’en ayant rien à secouer, faisait semblant d’avoir compris.
En fait, j’étais cheffe (cheftaine ?) d’une idée, d’un truc dématérialisé (très à la mode), d’un concept et pour cela, je devais coordonner, diriger sans en avoir l’air, des équipes qui ne dépendaient pas de moi, auxquelles je ne pouvais pas donner d’ordre, je pouvais tout juste tenter de raisonner, d’expliquer, de motiver et d’entreprendre toute manipulation discrète qui aurait pu faire avancer le schmilblick (1).
Le gars qui a inventé ça, il est fortiche. Sans doute un informaticien, forcément, penser en binaire, ça doit pas arranger les neurones.
Bref, responsable d’un logiciel (quoi de plus mouvant que ces bêtes-là, écrans, présentations, traitements différents d’un jour à l’autre), vous pouvez imaginer d’un côté les 2000 utilisateurs, les directions des établissements, la direction générale, le ministère des finances qui déborde d’imagination quant à la réglementation financière et de l’autre, les petites mains, l’entreprise externe qui réalise le truc, l’équipe qui gère les machines, celle qui installe le logiciel sur ces machines et celle qui dépanne les utilisateurs, ces dernières équipes jouant toutes au pasnous pasnous.
Au milieu, vous mettez un punching ball, appelé Directeur (directaine ?) de projet et ça devient vraiment drôle.

Finalement, ça ne m’amuse plus du tout d’avoir du pouvoir sur les autres. Je m’en tiens à moi, je tente de me manager et c’est pas gagné, c’est un travail à plein temps.
(1) Pour les jeunes, le Schmilblick est un objet imaginaire qui ne sert absolument à rien et qui donc peut servir à tout, créé par Pierre Dac dans les années 50, dixit Wikipedia.
En lisant ton texte, je t’entends… c’est très émouvant et tellement vrai.
Bisous.. et encouragements c’est super ! :-)
J’aimeJ’aime
Directeuse ?
J’aimeJ’aime
Bonne idée
J’aimeJ’aime